Je me souviens de … ce ptit Mec

Dernier jour pour moi au foyer.

Je fais le tour des chambres, un a un, leur dire au revoir. Ces 6 mois partagés prennent fin. Ils doivent le savoir. Travailler la rupture, travailler l’après.

Je rentre dans sa chambre. Il joue a la play. Je l’interromps. Il comprend que c’est important. Il ne me regardera jamais dans les yeux durant ce temps. Sauf…

Je commence a lui expliquer, a le préparer, a le remercier, a l’encourager. Assise sur son lit, face à lui. 2ème étage. Fenêtre ouverte.

Une tête dépasse.

Je me tourne. Un instant de frayeur, un instant d’interrogation, un instant de doute. Que faire? Je comprends qu’il avait une visite surprise de son petit camarade clandestin. Les heures de visites sont terminées, ils le savent bien. Là est le problème. Je suis l’éducatrice, je suis le cadre, ils attendent.

« Ah bah là, on peut parler de prise sur le fait accompli MEC »

Mec, ce mot que je n’avais pas dit, ce mot qui a raisonné en lui comme un coup de massue, ce mot de familiarité auquel il ne s’attendait pas, ce mot un peu trop gentillet pour la circonstance. Elle ne crie pas, elle n’est pas fâchée, elle ne me reprend pas, elle est juste gentille. Problème. Suspect.

Il monte en flèche, il crie, il me reprend, il me répond, il me menace.

« Je suis pas ton pote, tu ne m’appelles pas mec, tu te prends pour qui! »

Remettons le contexte jeune homme. Il est temps qu’il comprenne. Et il le comprendra.

Il est hors cadre, il enfreint la règle. Il le sait. Je le sais.

Mais ma priorité a cet instant précis ne se situe pas là. Ca il ne le sait pas.

Il est sur la pointe des pieds pour que sa tête dépasse suffisamment de la fenêtre, son air menaçant doit être crédible. Il est sur ce tout petit rebord branlant. Il se tient avec l’aide de ses petits doigts tout fins. Il est énervé et pas maître de ses mouvements. Il se lâche d’une main pour maître en illustration ses menaces. Il est en danger. Un faux pas. Il tombe. On est au deuxième étage. Mais ça, il ne le prend pas en compte. Il a été pris sur le fait accompli c’est tout ce qu’il redoute. Il se doit de réagir. Sa fierté a parlé.

L’ironie, le manier ici m’a permis de le faire rentrer. Hors de lui, il veut passer à l’action, il est prêt.

Violence quand tu nous tiens. Communication quand tu n’arrives pas à t’établir. Frustration, peur, incompréhension quand tu es là.

Je me prépare, il va vraiment lever la main, c’est sa dernière solution, il l’a dit, il doit le faire, sa crédibilité et son statut de bad boy du foyer est en jeu. Je suis une femme, il n’aime pas les femmes. Je suis éducatrice, il n’aime pas les éducatrices. Je suis le cadre, il est rebel. Je suis détentrice de la sentence, il a peur. Qu’il lève la main. Je tomberais. J’aurais mal. J’aviserais.

L’ironie, le manier ici l’a fait s’asseoir.

« Aller mets ta menace a exécution, tu sais dans ma vie je n’ai fait que de la danse classique, alors tu sais.. je ne chercherais pas à répondre a tes coups, le sol c’est bien dans ces cas là »

Il veut sourire, il ne l’avait pas vu venir celle là. Il est vraiment énervé là. Mais il sait, il a compris qu’il ne fallait pas.

Il ne l’a pas fait.

Il s’est assit.

Silence. 5minutes.

J’ai quand même eu peur. Mais il ne le sait pas.

Il a eu peur. Je le sais.

Il ouvre la bouche. « Ce n’est pas contre toi tu sais. Je ne t’aurais pas frappé. »

S’en suit une petite discussion a coeur ouvert. Il s’excuse. Se lève. S’en va. Revient.

« Merci« 

Il repart.

Par la porte.

Mon petit jeuns’ qui était toujours là sur son lit n’a rien dit. jamais. Il a tout vu. Tout entendu. Il est choqué. Il n’a pas compris ce qu’il venait de se passer. J’explique. Il me regarda dans les yeux a l’instant où je me suis levée pour partir. Il n’a pas parlé mais m’a tout dit.

Lendemain matin.

Mon ptit mec me croise dans le foyer.

Il me tend la main, baisse les yeux. Je lui dis -« Bonjour.. » Il m’interrompt, continue ma phrase par un -Mec-

Il sourit. Je souris. L’histoire se termine là.

Photo & Texte © KanCKonYva
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11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mari dit :

    Un cas heureux! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. KanCKonYVa dit :

      Oui enfin une histoire qui fini bien 🙂
      Il y en aura d’autre 🙂
      Merci mari pour ton assiduité par ici 🙂
      Bonne journee a toi

      Aimé par 1 personne

      1. Mari dit :

        Vous lire, ça fait plaisir! Bonne journée à vous aussi!

        Aimé par 1 personne

        1. KanCKonYVa dit :

          Bonne journée et bon début de semaine 🙂
          Disons nous alors a tres vite 🙂

          Aimé par 1 personne

          1. Mari dit :

            à très vite! 🙂

            Aimé par 1 personne

  2. MarquiSe dit :

    Souvent, on pense que c’est pendant qu’on se bats que c’est difficile alors qu’en fait, c’est après que la difficulté commence. Les histoires qui se terminent bien… ce sont mes préférés… bises

    Aimé par 1 personne

    1. KanCKonYVa dit :

      Tout a fait exact 🙂
      La difficulté n’est pas toujours où l’on croit qu’elle est..
      Belle journée a toi

      Aimé par 1 personne

      1. MarquiSe dit :

        Cela me rappelle une hospitalisation. Je dessinais un long tunnel noir pour la représenter en pensant qu’après il n’y aurait que la lumière. Finalement en sortant… j’ai perdu mes béquilles et le long tunnel a encore continué… mais il était moins sombre et la lumière est toujours à la sortie… belle journée à toi aussi

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        1. KanCKonYVa dit :

          Cette histoire m’a l’air de bien terminer également 🙂 Alors on aime ca !

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  3. Ouf ? Mmh mmh… Ouf ! Qu’aurais-je fait, moi, un bonhomme avec ses pas mal d’hivers derrière lui ? Je n’en sais rien, mais je l’aurais fait. Quoi que l’on fasse, à l’instant où on le fait, c’est le mieux que l’on puisse faire. Car alors une seule voie est possible : celle que l’on prend. Et on ne peut savoir ce qu’aurait donné une autre attitude. Sinon, et à part ce baratin de bistrot (je parle de mon baratin), merci pour ce partage (ici, ce mot trop galvaudé » retrouve ses lettres de noblesse) authentique et généreux. Que je ne porte pas de chapeau ne m’empêche pas de vous saluer bien bas.

    Aimé par 1 personne

    1. KanCKonYVa dit :

      Pierre je ne sais que dire… deuxieme fois que vous me scotchez par vos retours,
      J’essaie par ces petits textes de retranscrire les faits tels qu’ils se sont passés en essayant d’y ajouté tous les bouleversements emotionnels que ca a impliqué, pour me souvenir. Pour pouvoir en relisant ces mots refaire vivre ces situations qui ont eu un impact sur le jeune, sur moi, sur ma vie professionnelle… Alors avoir un si joli retour me touche profondemment.. merci pour ca

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